Historiquement, la connaissance de cette époque est nourrie par les écrits de témoins oculaires comme Le français Alexandre-Olivier Oexmelin qui publie dès 1678 son livre : Histoires d’aventuriers qui se sont signalés dans les Indes. Il a fréquenté le repaire de l’île de la tortue et fut chirurgien de bord auprès du célèbre pirate Henry Morgan.
En 1724 Daniel Defoe alias Capitaine Johnson dans son ‘’ Histoire générale des pirates’’ dresse trente-quatre portraits de pirates célèbres. Entrent ainsi en scène Morgan, Barbe noire, le vendéen ‘’Nau l’olonnois’’, les femmes pirates Mary Read et Anne Bonny, pour ne citer qu’eux. Il y consacre même un chapitre sur Libertaria, la république utopique ‘’Pirate’’ au nord de Madagascar.
Dès 1734 Alain René Le sage publie ‘’Les aventures de Beauchesne capitaine de la Flibuste’’. Il devient l’auteur du premier roman moderne de piraterie.
Tout au long du XIXème, les romantiques se sont essayés avec des fortunes diverses aux récits dits ‘’pirates’’, citons Balzac, Eugène Sue, Georges Sand, Walter Scott, Edgar Poe et James Fenimore Cooper.
Mais il faut attendre que Stevenson publie son roman ‘’l’île au trésor’’ en 1883 pour que la mythologie s’installe et impacte définitivement les publications romanesques.
Dès sa parution, cette ‘’île flottante’’ va faire le tour du monde. Le livre nourrit, encore de nos jours, l’imagination de jeunes lecteurs du monde entier.
Stevenson a écrit non seulement une œuvre universelle mais a mis en place toutes les figures de la panoplie ‘’Pirate’’. C’est à dire toutes les images qui s’imposent à nous aujourd’hui : le bandeau sur l’œil, les pistolets, le sabre, le pavillon noir avec la tête de mort, les deux tibias croisés, le crâne aux yeux vides. Le perroquet, la malle au trésor, les pièces d’or, la jambe de bois, il ne manque rien. Bien entendu, cette mythologie, s’est nourrie, de la production des peintres, des illustrateurs, des écrivains et des cinéastes qui suivront.
De même l’archéologie sous-marine, guidée par les récits et les traces a mis en œuvre son savoir et ses techniques pour aller à la découverte de trésors ‘’Pirates’’ engloutis. Autant d’artefacts archéologiques tangibles qui jaillissent dans notre présent. Ils contribuent à relancer l’intérêt pour les récits ‘’Pirates’’ et à révéler pour l’Histoire des évènements oubliés.
La fabrique de ce genre littéraire, ‘’claudique’’ sur deux idées. Disons qu’il y a Barbe Noire tel qu’il fut et l’image ou notre vision fictive de Barbe noire. Cette image est révélée, par la mise en mots des Stevenson, Poe, Conrad ou Mac Orlan. Bref, les uns produisent l’Histoire, les autres la mythologie.
Philippe Jacquin* souligne bien l’arraisonnement de nos imaginations par les auteurs qui se nourrissent des méfaits de cette ‘’corporation maudite’’.
‘’Tout comme les grands bandits, les pirates fascinent. La fiction embrume la réalité. Dans l’imaginaire collectif, la piraterie est indissociable des îles paradisiaques où dorment les trésors cachés. Tavernes sordides, mines patibulaires, jambes de bois, abordages sanglants, tortures raffinées : tout l’arsenal de la mythologie pirate se constitue en un siècle au bord des mers d’opale. Relayée par les écrivains à partir du XVIIIème siècle, avec entre autres le talent d’un Daniel Defoe, la grande réussite de cette mythologie est de rendre sympathique des personnages totalement infréquentables.’’ *Philippe Jacquin in Sous le pavillon noir, pirates et flibustier.
documents et liens sur l’exposition
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